
Pendant des années, le Portugal a été la destination fiscale préférée des entrepreneurs et retraités fortunés francophones. Son régime NHR (Non-Habitual Resident) permettait d’obtenir une exonération quasi totale sur les revenus étrangers pendant 10 ans. En 2024, le gouvernement portugais a réformé ce dispositif, et beaucoup de candidats à l’expatriation ne savent pas encore ce que cela change concrètement.
Ce guide vous explique l’essentiel : ce qu’était le NHR, ce que le nouveau statut IFICI propose, qui peut encore en bénéficier, et comment s’y prendre pour déposer un dossier valide en 2025.
Qu’était le régime NHR (Non-Habitual Resident) ?
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Introduit en 2009, le statut NHR était l’un des dispositifs fiscaux les plus avantageux d’Europe pour les nouveaux résidents. Son principe était simple : toute personne n’ayant pas résidé au Portugal au cours des 5 dernières années pouvait, en y établissant sa résidence fiscale, bénéficier d’un régime spécial pendant 10 ans.
Les avantages concrets :
- Exonération totale sur les revenus de source étrangère (dividendes, pensions, loyers, royalties) provenant de pays avec lesquels le Portugal a une convention fiscale, à condition que ces revenus puissent être imposés dans le pays source.
- Flat tax de 20 % sur les revenus d’activité portugaise de source qualifiée (professions à haute valeur ajoutée : ingénieurs, médecins, architectes, consultants…).
- Exonération de l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), contrairement à la France.
Résultat : des milliers de retraités français, de freelances tech et d’investisseurs ont afflué vers Lisbonne et Porto entre 2015 et 2023, transformant profondément le marché immobilier portugais.
La réforme 2024 : le NHR est mort, vive l’IFICI
En janvier 2024, le Portugal a officiellement mis fin au régime NHR pour les nouveaux entrants. Le gouvernement l’a remplacé par le statut IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), ciblant des profils beaucoup plus spécifiques.
Qui peut accéder à l’IFICI ?
Le nouveau statut est réservé à des catégories professionnelles précises :
- Chercheurs et enseignants dans des institutions portugaises reconnues
- Professionnels recrutés dans le cadre d’investissements éligibles (startups, zones intérieures)
- Travailleurs qualifiés dans des secteurs stratégiques définis par arrêté ministériel
- Dirigeants de sociétés réalisant des investissements productifs au Portugal
Pour les retraités, les freelances internationaux et les rentiers : l’accès à un régime équivalent au NHR classique n’existe plus pour les arrivées après le 31 décembre 2023. Ceux qui avaient déjà obtenu le statut NHR avant cette date conservent leurs avantages jusqu’à la fin de leur période de 10 ans.
Les avantages de l’IFICI
| Avantage | Détail |
|---|---|
| Taux d’imposition | 20 % flat tax sur les revenus d’activité portugaise |
| Durée | 10 ans |
| Revenus étrangers | Exonération maintenue selon les conventions fiscales |
| Conditions d’accès | Activité spécifique dans secteurs éligibles |
Comment obtenir le statut de résident non-habituel : les démarches étape par étape
Même avec la réforme, la procédure d’obtention reste la même pour les profils éligibles. Voici les étapes dans l’ordre :
- Obtenir un NIF portugais (Numéro d’Identification Fiscale). Peut se faire au consulat du Portugal en France, en ligne, ou directement à l’Autoridade Tributária au Portugal. Délai : quelques jours.
- Établir une adresse au Portugal : bail de location, acte de propriété, ou attestation d’hébergement. Votre adresse portugaise sera l’adresse fiscale officielle.
- Inscrire votre résidence fiscale auprès de l’Autoridade Tributária e Aduaneira via le portail e.fatura ou en agence.
- Demander le statut IFICI : à soumettre avant le 31 mars de l’année suivant votre installation, via le portail Portal das Finanças. Le dossier inclut les justificatifs de votre activité éligible.
- Rompre votre résidence fiscale française : déclarer votre départ à l’administration fiscale française, en fournissant preuves de domicile et d’activité au Portugal.
Les revenus couverts par les conventions fiscales franco-portugaises
La France et le Portugal ont signé une convention fiscale bilatérale qui régit la répartition du droit d’imposition entre les deux pays. Cette convention est au coeur du mécanisme d’exonération NHR/IFICI :
| Type de revenu | Imposition selon convention franco-portugaise |
|---|---|
| Salaires / revenus d’activité | Pays où l’activité est exercée |
| Dividendes | Les deux pays peuvent imposer (taux limités) |
| Intérêts | Pays de résidence principalement |
| Royalties | Pays de résidence principalement |
| Pensions privées | Pays de résidence (Portugal) |
| Pensions publiques françaises | France uniquement, non couverts par le NHR |
Point clé souvent négligé : les pensions de retraite du secteur public français (fonctionnaires, agents de l’État) restent imposables en France, même si vous résidez au Portugal. La convention attribue explicitement ce droit d’imposition à la France.
Combien payez-vous réellement en tant que résident NHR/IFICI au Portugal ?
Prenons trois profils types pour illustrer le calcul :
Profil 1 : Freelance tech, 80 000 € de revenus annuels (clients européens)
- En France : environ 38 000 € d’impôt + charges (TMI 41 %, cotisations sociales)
- Au Portugal (IFICI, activité qualifiée) : 20 % flat tax sur le revenu net d’activité portugaise, potentiellement 16 000 € si la structure est bien organisée
- Économie : 20 000 à 25 000 € par an
Profil 2 : Entrepreneur avec dividendes étrangers, 120 000 €/an
- En France : flat tax de 30 % soit 36 000 € + IFI éventuel
- Au Portugal (NHR/IFICI avec convention fiscale) : exonération sur dividendes étrangers si la source peut être imposée dans le pays d’origine
- Économie potentielle : jusqu’à 36 000 € par an
Profil 3 : Retraité du secteur privé, 40 000 €/an de pension
- Avant la réforme (NHR) : imposition à 10 % au Portugal sur les pensions étrangères
- Après la réforme (IFICI) : ce profil n’est plus éligible. Le Portugal impose les pensions au taux normal (11 % à 48 % selon les tranches)
- Attention : la réforme 2024 a fortement pénalisé ce profil
Les 6 pièges à éviter avec le statut NHR/IFICI
- Rompre sa résidence fiscale française : sans déclaration de départ en bonne et due forme, vous restez fiscalement résident français, et le Portugal peut vous réclamer des impôts sur les mêmes revenus. Double imposition garantie.
- Confondre « exonération au Portugal » et « revenu non imposable » : selon la convention, certains revenus exonérés au Portugal restent imposables en France. Il faut vérifier article par article.
- Attendre la fin de l’année pour déposer la demande : le délai est le 31 mars de l’année suivant l’installation. Un dépôt hors délai entraîne le rejet de la demande pour toute l’année en question.
- Sous-estimer le coût de la vie à Lisbonne : depuis 2021, le marché immobilier lisboète a explosé. Un appartement de 2 pièces dans le centre coûte 1 500 à 2 500 € par mois.
- Négliger la preuve du centre de vie : le fisc français peut contester votre départ si vos enfants sont scolarisés en France, si votre conjoint y réside, ou si vous y passez plus de 183 jours. Documentez tout.
- Oublier la déclaration de comptes étrangers : même sous NHR/IFICI, vous devez déclarer vos comptes bancaires étrangers (dont les comptes offshore) auprès de l’administration portugaise.
Portugal en 2025 : encore intéressant malgré la réforme ?
Pour les profils éligibles à l’IFICI, le Portugal reste une destination fiscalement attractive. La flat tax à 20 % sur les revenus d’activité qualifiée, combinée à l’exonération sur les revenus passifs étrangers via les conventions fiscales, représente encore un avantage significatif par rapport à la France.
Pour les profils non éligibles (retraités du privé, rentiers sans activité qualifiée), le Portugal a perdu une grande partie de son attrait fiscal. Des alternatives comme la Géorgie, Dubaï, ou Malte méritent d’être étudiées en parallèle.
Dans tous les cas, une analyse personnalisée de votre situation, nature de vos revenus, convention fiscale applicable, structures juridiques existantes, est indispensable avant toute décision. Un mauvais montage peut générer une double imposition pire que votre situation française actuelle.
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